Point de vue : « manager dans l’incertitude », rien de nouveau sous le soleil !

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Tandis que la presse économique titre unanimement sur l’incertitude inédite liée à la crise Covid-19, Hugo Excoffier, manager de transition, tacle cette analyse consensuelle. Il va même plus loin en considérant ce discours comme symptomatique des déviances responsables du marasme. Interview disruptive.
Point de vue : « manager dans l’incertitude », rien de nouveau sous le soleil !
Manager de l'incertitude

« Manager l’incertitude » : ce concept émergent vous agace, pourquoi ?
Parce qu’en réalité, rien n’a changé. Je m’inscris en faux contre les discours qui présentent le monde comme étant de plus en plus incertain. Avant ou après le Covid-19 : statu quo. L’incertitude est une donnée permanente. En réaction, c’est le besoin de réassurance qui mène le monde, incitant bon nombre de personnes à user d’une logique de réplication dénuée de discernement. Les crises se succèdent mais ne se ressemblent pas. Et cultiver des certitudes inébranlables nous conduit droit dans le mur. Sommes-nous aujourd’hui dans un monde plus incertain qu’à la fin du 18e siècle ou après la 1ère guerre mondiale ? Non évidemment. Et prétendre que nos ancêtres et nos anciens n’ont pas vécu une vie entière marquée d'incertitudes relève d’un délit de prétention de nos sociétés modernes…

Cette crise vous semblait-elle prévisible ?
Si les analystes et autres économistes prévoyaient une crise, ils se projetaient sur le risque d’une bulle immobilière, sur l’inquiétante valorisation de start-up non rentables, sur un niveau de dettes monstrueux. La faiblesse de ces projections ? Elles se basaient sur des scénarios connus. L’absence de crise depuis une dizaine d’années laissait à penser que la prochaine était pour bientôt mais son contenu, son intensité, son étendue n’avaient en aucun cas été anticipés malgré l’existence d’organisations internationales de santé et de prévision des risques dotées de conseils d’experts et de comités de sages, « en veux-tu en voilà ». Au lieu de mesurer le risque, d’observer et d’exploiter les données du terrain, on cultive des projections basées sur le passé. Ces prévisions erronées se démultiplient ensuite via les relais d’information dont la tendance actuelle vise une unification du propos. Il n’y a qu’à lire la presse et jeter un œil sur les réseaux sociaux pour s’apercevoir de la prédominance d’un discours unique ! S’il rassure certaines personnes, pour ma part, je le trouve inquiétant.

Vous remettez en cause la capacité d’investigation de nos sociétés ?
C’est notre capacité à observer et à user de bon sens qui se trouve en faillite. J’ai l’impression que plus la science et les technologies progressent et moins on fait preuve de discernement sur des choses essentielles telles que la gestion des risques qui naissent dans des environnements non sécurisés. En tant que manager de transition, je privilégie la remise en question systématique, et l’observation du contexte et du terrain pour construire des stratégies. Il en va de même pour les dirigeants dont le job consiste à challenger leur mode de pensée en continu afin de rester dans la course.

Avons-nous su faire preuve d’agilité dans cette épreuve ?
Les préoccupations tournent autour des codes établis que la crise a ébranlés. De petites choses anodines qui ont bouleversé le monde du travail. Pour ma part, user du télétravail devrait être légion à l’heure de la digitalisation. Manager dans l’incertitude, ce n’est pas devoir composer avec des salariés privés du cadre habituel et d’une machine à café mais savoir au contraire se défaire de certains points d’ancrage faussement sécurisants. C’est aussi échapper autant que possible au cloisonnement qui guette chacun d’entre nous, conduisant au manque d’indépendance intellectuelle, au déficit d’ouverture et de clairvoyance.

Un conseil pour l’avenir ?
Nous sommes tellement abreuvés d’informations, tellement formatés par le culte de l’immédiateté que nous perdons de vue l’essentiel. C’est comme si nous pédalions à fond sans regarder le paysage qui nous entoure. Demain pourtant, je crains que tout un chacun reprenne son traintrain, recherchant avant tout à retrouver les codes du quotidien qui rassurent. Et les petites habitudes qui préservent sa zone de confort. Un seul mot d’ordre pour tirer des leçons de la crise : ouvrons les yeux et faisons preuve de bon sens ! A commencer par accepter de regarder en face le désastre climatique et donc économique qui se joue face à nous, par notre faute. Nul besoin de comités d’experts et de conseils de sages pour prendre la mesure de la pollution qui gangrène notre planète. Au lieu de vouloir contrôler le futur en émettant des hypothèses fumeuses sur la prochaine crise, observons notre environnement et assumons l’irresponsabilité abyssale dont nous nous rendons coupables. En clair, manageons (enfin) la certitude et le risque d’effondrement de notre société telle que nous la connaissons aujourd’hui !

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